lundi 5 septembre 2016

10 Rhums à moins de 30€ pour la rentrée

Pour les fauchés de la rentrée, pour ceux qui souhaitent explorer l'univers du rhum sans prendre trop de risques ou tout simplement pour avoir des idées de bouteilles sympas en fond de bar que l'on peut renouveler régulièrement, je me suis essayé à une petite sélection de rhums "petit budget". Bien entendu, il y a déjà un tas de bons rhums blancs faciles à trouver sous la barre des 30€, et même quelques rhums vieux agricoles plus que corrects, notamment en grandes surfaces (Dillon XO 7 ans). Mais je vais tenter de vous proposer quelques produits moins courants qui constituent une bonne porte d'entrée à un certain style ou quelques curiosités qui valent le détour.

Crédits photos http://www.excellencerhum.com et http://www.rhumattitude.com

MACOLLO - Anejo 7 ans

Ce rhum est atypique à plus d'un titre : Il est Mexicain, élaboré à partir de pur jus de canne bio longuement fermenté et distillé en alambic à repasse, ce qui lui donne un profil assez riche et surprenant. On s'écarte donc du stéréotype des rhums de tradition Espagnole qui sont plutôt des rhums de mélasse légers, doux et marqués par la vanille, le caramel ou le tabac. Ici le nez est relativement puissant, épicé, herbacé, avec des notes d'anis ou de curry. Très soyeux en bouche, il entretient cependant une belle présence qui reste fraiche sur la longueur.

Vous découvrirez un rhum qui a une jolie personnalité, n'hésitez pas à être curieux, et pour les plus aguerris, voici une occasion de garder l'esprit ouvert ;)




PUSSER'S - Blue Label 40%

Voici une réplique du rhum de la Navy Britannique, assemblage de rhums de la Barbade, du Guyana, de la Jamaïque et de Trinidad. Cette recette est celle de la ration de rhum qui était distribuée aux marins jusqu'en 1970. Il s'agit d'un rhum à forte personnalité, intéressant car très puissant au premier abord avec un côté exubérant, épicé, un boisé poudré et fumé, très whisky finalement. Mais on sent déjà de l'exotisme derrière tout cela, de l'épaisseur, de la banane, de la prune, du raisin sec. Et puis en bouche on a un peu de miel, des épices qui se font plus douces, avec tout de même quelque chose de fumé en fond.

Avec ce rhum on vous propose de revivre le voyage des marins qui préparaient cet assemblage mythique, de la luxuriance de la Jamaïque à la brutalité de Trinidad, de la subtilité de la Barbade au plein d'épices du Guyana.

DAMOISEAU - V.O.
En provenance d'une des distilleries phares des Antilles, ce V.O. (3 ans d'âge minimum) est un bon exemple de la façon dont la Guadeloupe peut affirmer sa différence dans le monde du rhum agricole. Là où parfois on tend à se rapprocher de la finesse du Cognac, ici on fait délibérément un rhum très gourmand et pâtissier. C'est riche et généreux, sur l'abricot et le raisin secs, le pruneau, la banane bien mûre. Sa relative jeunesse lui permet de conserver une bonne dose de canne fraiche accompagnée d'un boisé assez frais lui-aussi.

Parfait en Ti-vieux et pour découvrir le style Guadeloupéen en dégustation pure.




CHAIRMAN'S RESERVE

Les rhums de l'île de Sainte-Lucie sont peu connus, pourtant les méthodes traditionnelles et le savoir faire employés en font des produits d'excellente qualité. Ici le rhum est travaillé comme un bourbon, avec des fûts très brûlés de l'intérieur. Il en résulte un équilibre bien maitrisé entre la générosité du rhum, plein de banane et d'ananas très mûrs, et la finesse du boisé qui apporte aussi de la vanille et du caramel, résultat du travail sur le fût. Le nez se décompose en plusieurs phases alternant richesse et subtilité, alors qu'en bouche le tout est plus homogène et fondu. Le point négatif serait par contre le manque de longueur en bouche.

Si l'on veut varier un peu les plaisirs et diversifier les origines des rhums que l'on a dans son bar, ce rhum de tradition anglaise trouvera sa place près de ses voisins de la Barbade ou de la Jamaïque.

CHAIRMAN'S  RESERVE - Spiced

Sur la base du rhum présenté ci-dessus, on a fait infuser un éventail d'épices afin de créer un joli bonbon. Il s'agit d'une vraie infusion, pas d'arômes de synthèse, cela rend donc l'expérience plutôt agréable, en plus d'être assez fun. J'y ai trouvé personnellement beaucoup de muscade et de cannelle, ainsi qu'un côté zeste d'orange que l'on retrouve surtout en fin de bouche, ce qui apporte une petite amertume et de la fraicheur.

Ce rhum fantaisie est à déguster pur à l'apéritif ou en cocktail, il permet de découvrir la catégorie des rhums épicés avec un produit naturel. Du bois bandé ferait même partie de la composition, ce qui lui confèrerait en plus un pouvoir pour le moins revigorant.



CACHACA PARATI

La Cachaça est une eau-de-vie de canne au même titre que le rhum, seules quelques caractéristiques techniques les séparent. Encore peu représentée en France par rapport aux centaines de références produites dans son pays d'origine, quelques jolis échantillons de la culture Brésilienne arrivent tout de même jusqu'à nous. Le nez de cette cachaça donne à l'expression "eau-de-vie de canne" tout son sens : on a vraiment la sensation d'être face à un "extrait naturel" de canne à sucre, fruité, floral, sucré et frais. En bouche en revanche le côté frais disparait et le liquide devient soyeux, sans aucune brûlure de l'alcool. Il reste pour finir une persistance de jus de canne.

Cette cachaça blanche est enrichie d'une petite part de cachaça vieillie, ce qui doit ajouter à son côté très doux et reposé. Son côté naturel est pour moi vraiment irrésistible.

XM - 7 ans

Vous avez déjà ou vous entendrez sûrement parler des rhums du Demerara. Cette région du Guyana (Guyane Anglaise) est le berceau d'alambics mythiques qui produisent encore de grands rhums servant de base à des assemblages tels que celui-ci. Ce mélange de rhums de différentes iles de la Caraïbe est enrichi par ces fameux rhums du Demerara et affiné en fûts de Xérès (Vin d'Andalousie). En ressort un profil typique de mélasse mâtinée d'épices, de café, de cacao mais aussi de fruits secs. En bouche on a quelque chose de confit, très gourmand, peut-être un peu trop sucré par contre car assez court et asséchant en finale.

Le profil des rhums du Demerara est vraiment quelque chose à découvrir. Les variations sont ensuite nombreuses et vous emmèneront vers des sommets de dégustation.

Cet assemblage, quoiqu'un peu édulcoré, fera tout de même les présentations de manière assez fidèle.

NEISSON 52,5%

La plus petite distillerie de Martinique est reconnue pour la grande qualité de ses rhums blancs. S'agissant de pur jus de canne et non de mélasse, on peut parler de terroir. Ce dernier en l'occurrence, entre mer et volcan, est semble t'il propice à donner naissance au tout meilleur de la canne à sucre. Ce rhum blanc est vraiment parfait, extrêmement floral, fruité, minéral. Des agrumes, de la paille, la canne est détaillée sous toutes ses coutures. Il est très rond en bouche car il a été longuement brassé et aéré avant embouteillage, tout en gardant sa fraicheur. Une petite note de réglisse vient définitivement faire la différence.

Il fait bien entendu un magnifique Ti-punch mais il fait aussi partie des quelques rhums blancs à déguster secs, comme une eau-de-vie traditionnelle, pour apprécier le travail effectué dans le détail de la sélection des arômes.

DOORLY'S - 5 Ans

La distillerie Foursquare de la Barbade met un point d'honneur à produire des rhums authentiques, sans aucune adjonction de sucre ou d'arômes. Ces rhums n'ont d'autre ambition que d'être simplement bons et équilibrés, d'avoir juste un bon goût de rhum. Cela peut paraitre simple mais pour y parvenir d'autres sont parfois obligés de masquer certains défauts avec des ajouts, de faire la différence avec du marketing, des savoir-faire un peu tirés par les cheveux etc. Non, ici c'est l'art et la maitrise du procédé de bout en bout qui parle. Ce rhum nous offre ce que l'on attend, de la vanille, du tabac, un boisé un peu caramélisé et un peu de fruits secs. Sa personnalité réside dans son côté noix de coco mêlée de caramel qui reste en bouche et qui rend le tout très agréable.


Ce rhum tout en équilibre aura indiscutablement sa place comme permanent de votre bar, il vous offrira un moment de plaisir simple ou pourra être partagé avec vos amis en étant quasiment sûr de faire l'unanimité.

SAVANNA - Lontan

La distillerie Savanna sur l'ile de la Réunion produit des rhums agricoles à base de pur jus de canne, des rhums de mélasse, des assemblages des deux méthodes, et des rhums "grand arôme". Le Lontan fait partie de cette dernière catégorie dont la particularité est la très longue fermentation de la mélasse à laquelle on a ajouté les résidus des précédentes distillations. Le résultat est une vraie bombe aromatique destinée à booster des assemblages ou à aromatiser des préparations en pâtisserie par exemple, son côté extrêmement concentré présentant un avantage pour les professionnels. Savanna a eu la riche idée et l'audace de présenter cette partie de sa production au grand public et je ne peux que les remercier car j'en suis particulièrement fan. Par contre je tiens vraiment à attirer votre attention sur le côté très particulier de ce rhum. Le nez est très puissant, sur l'olive verte, les fruits exotiques trop mûrs (papaye, mangue), la bouche est quant à elle très crémeuse mais toujours aussi arômatique et peut persister des heures.

Voici un rhum pour les amateurs aguerris ou pour les aventuriers à la recherche de sensations fortes !  


lundi 25 juillet 2016

Nouveau débarquement de La Compagnie des Indes

Les vieux galions de La Compagnie des Indes ont de nouveau jeté l'ancre dans les ports Français et viennent ajouter une flopée de nouvelles références à une gamme déjà très fournie.
Bien sûr seuls les blends (assemblages) Caraïbes, Latino, Jamaïca et Jamaïca Navy Strength restent en permanence disponibles, les Single Cask (Fût unique) étant forcément voués à disparaitre plus rapidement puisque de fait leur tirage tourne en général autour des 300 bouteilles. Mais la Compagnie ne nous laisse jamais en plan grâce à ces sorties régulières. Pour les fans, des éditions spéciales sont réservées à d'autres marchés comme le Danemark par exemple. Elles deviennent des perles rares et les proies des chasseurs de belles quilles. Pour vous donner une idée de cette diversité et voir comme on se perd déjà dans la foule de bouteilles qui ont été proposées par la jeune marque née en 2014, jetez un œil à l'excellent site de recensement (et pas que) Référence Rhum : http://www.reference-rhum.com/Compagnie-Des-Indes

Toutes ces bouteilles sont nées de la volonté du créateur de la marque de montrer toute la diversité du rhum, en essayant de retranscrire dans les choix proposés les caractéristiques propres à chaque origine et même à chaque distillerie de cette origine. C'est pour cela que ces single cask  ne sont en aucun cas altérés (ni sucre, ni coloration, ni arômes ajoutés), simplement réduits au besoin par les soins de la Compagnie. Avec cette volonté viennent celles d'éducation et de transparence car sur les étiquettes figurent les informations primordiales que sont les dates de distillation et d'embouteillage ainsi que la distillerie d'origine.
Si je peux émettre une petite suggestion, le top serait d'indiquer le nombre d'années de vieillissement tropical puis de vieillissement continental afin d'apprécier l'influence de ces paramètres en comparant par exemple deux bouteilles de la même origine qui auraient subi des étapes de vieillissement différentes.

Il y a aussi de la diversité dans les choix d'embouteillages (blends, single cask, bruts de fût, finitions etc) et dans les sélections très rares sous nos latitudes comme le single cask Indonesia qui est en fait un Batavia Arrack, un rhum de mélasse distillé en alambic à repasse sur l'île de Java pour lequel on utilise une variété de riz rouge afin de démarrer la fermentation. Ce Batavia Arrack est également utilisé dans le nouveau blend Tricorne, ce qui vient ajouter la corde de l’expérimentation à l'arc des passionnés de la Compagnie, quel boulot depuis 2014 !

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En guise de mise en bouche nous allons goûter un blend CARAÏBES (40%). Composé de 25% de rhum de la Barbade (colonne vertébrale du rhum), 50% de Trinidad et 25% de Guyana. Ici pas de fût unique mais un assemblage de rhums "en vrac" réalisé en France. 


Le nez est plaisant, léger et s'ouvre sur de la mélasse, des épices (vanille, cannelle, girofle, poivre doux), un boisé légèrement toasté. Un peu d'alcool vient ensuite, fruité, qui fait penser à une confiture de fruits rouges (cerise, fraise, framboise). A l'aération il se fond en caramel, confiture de lait, et m'a rappelé la sensation du beurre fondu sur un épi de maïs grillé.

En bouche c'est très rond et gourmand, pas forcément complexe, il est à noter que 15 grammes de sucre de canne bio ont été ajoutés à chaque litre. On a ensuite de la banane et un caramel un peu brûlé. La vanille prend nettement le pas et nous mène à une longueur un peu poivrée, pas de brûlure de l'alcool mais un goût un peu éthéré persiste.

Ce rhum est une introduction à la gamme, il est facile et rond mais on a envie d'aller plus loin.


Avant d'aborder les single cask, voici une création tout à fait intéressante :


DOMINIDAD 15 ans Small Batch (43%)

Il ne s'agit pas d'une nouvelle île ni d'un territoire pirate oublié mais d'un assemblage d'un fût de République DOMINIcaine et de deux fûts de TriniDAD (Trinidad Distillers Ltd) qui sort à 1205 bouteilles. Pour la petite histoire La Compagnie des Indes devait embouteiller le fût de République Dominicaine seul mais au moment de le réduire pour le mettre en bouteille, ils l'ont trouvé trop sec et bien trop épicé, ils ont donc décidé de créer ce premier small batch, réalisant un assemblage avec un rhum plus en rondeur (les fûts de Trinidad étaient très ronds, sur le fruit.).

Le premier nez de ce rhum est assez classique, rond, sur le caramel, la mélasse, la cannelle, il est légèrement confit, miellé, flatteur, on pourrait dire que l'on est plutôt sur la partie dominicaine. 
Quelques tours de verre viennent chambouler tout cet équilibre, le rhum se durcit nettement, il est beaucoup plus vif, floral, poivré, puis fumé. Cette révélation surprend et suscite l’intérêt, et cela continue avec un côté métallique qui devient pétrole, goudron, graisse de moteur. J'apprends à cette occasion que ces arômes ne sont pas réservés qu'à Caroni et font vraiment partie de l'identité Trinidadienne. Cela s'apaise peu à peu et se transforme en pâte de coing, puis avec une longue aération un côté acidulé apparait, pour arriver ensuite sur des notes de réglisse, herbacées, médicinales. Le tout finit par s'arrondir à nouveau et laisse apparaitre du boisé. 

C'est un rhum qui a besoin de temps pour arriver à l'équilibre, mais on aime être chahuté pendant le voyage !

L'entrée en bouche quant-à elle est assez douce, on reste sur un esprit whisky, salé sur le bout de la langue. Ensuite il y a toujours une petite pointe métallique, puis herbacée et enfin de la chaleur avec des fruits cuits, du pruneau, de la réglisse. 

La longueur est assez jolie, on pense à un whisky fumé agrémenté de réglisse.

J'ai aimé sa complexité, ses phases successives, le mariage est intéressant et je le conseillerais plutôt en digestif car il marque bien la bouche. 

Démarrons la série des single cask avec le BRAZIL 16 ans (Oct 1999 - Avr 2016) 42%

Ce rhum est issu de la distillerie Epris, près de São Paulo, producteur de cachaça, de rhum mais aussi de riz fermenté en tant que matière première pour le vinaigre et le saké.

S'agit-il d'une cachaça ou d'un rhum ? Eh bien c'est à vous de voir car cela est assez compliqué au final. On m'a indiqué qu'il s'agissait bien d'une cachaça mais je me suis quand même posé des questions, non pas que je mette en doute la bonne foi de l'embouteilleur, mais parce que la définition de la cachaça est parfois un peu floue. 

Je pensais que la cachaça était forcément issue d'une distillation de pur jus de canne en une seule passe en alambic, mais il existe des cachaças distillées en continu (en colonne), à partir de pur jus ou de miel de canne (pur jus réduit). On peut alors généraliser et décider que tout ce qui vient du Brésil est une cachaça. Ou alors on peut se rapporter à des données plus techniques comme le taux d'alcool en sortie de colonne qui en théorie ne doit pas dépasser les 54% pour la cachaça. Tout ce qui serait distillé au-delà de ce taux l'alcool serait alors du rhum. Un Brut de Fût de 13 ans à 47,7% est sorti chez l'embouteilleur L'Esprit il y a quelques temps. S'il a vieilli en majorité en climat continental avec une petite part des anges alors peut-être que le distillat de base ne comptait pas plus de 54% d'alcool. Alors allons pour la cachaça, surtout qu'il ne s'agit pas d'une question de valeur ou de noblesse entre les deux eaux-de-vie de canne. 

Ce Brazil est très original et singulier, c'est mon préféré de la série. 

Au départ son nez est assez jeune, avec un boisé plutôt vert et végétal avec des épices comme l'anis, le curry, la cardamone et la muscade. Ces épices sont vives et fraiches et sont vite rejointes par le bâton de réglisse et la menthe poivrée. Quelques notes herbacées s'en suivent et laissent place à un boisé je dirais "à la Reimonenq", sur le noyau de cerise qui tire sur l'encaustique. Ce nez est superbe, très vivant, à l'ouverture on a de l'ananas bien frais, de la canne et de l'écorce d'orange. J'ai passé un bout de temps au dessus du verre, à l'affut de tout ce que ce nez frais, riche et vif pouvait proposer, puis me suis finalement décidé à y tremper les lèvres.

L'entrée en bouche rappelle le joli boisé évoquant le noyau de cerise avec du pruneau et de la réglisse, réglisse qui finit par prendre beaucoup de place tout en restant fraiche, faisant penser au bâton que l'on machouille plutôt qu'à la sucrerie enroulée. Décidément on a du mal à se départir de cette réglisse car on pense ensuite tour à tour au zan puis à l'antésite, où se mêlent menthe et autres plantes.

Le final est moyennement long, dépouillé de toute cette réglisse, reste un goût agréable de rhum tout simplement.

Direction la Jamaïque maintenant avec le HAMPDEN 15 ans (Sep 2000 - Avr 2016) 43%


La distillerie Hampden est l'une des trois seules distilleries au monde (avec Savanna sur l'île de la Réunion et la sucrerie du Galion en Martinique) à produire du rhum "grand arôme", c'est-à-dire un rhum de mélasse fermenté spécialement et plus longtemps que les autres afin de développer une concentration extrême d'arômes. Ils sont destinés à booster le caractère des assemblages de rhums, à l'agro-alimentaire (vous voyez le goût de la glace rhum-raisin ?) et même à la parfumerie. 

Ici pas de grand arôme mais un rhum tout de même généreux, sans le côté vernis que l'on retrouve dans beaucoup de Jamaïcains. 

Le premier nez est plutôt léger dans le sens peu profond. Il est cependant intense avec des premières vapeurs d'alcool habillées de banane et d'ananas. Un registre plus confit entre ensuite en scène avec des fruits secs, du raisin, des fruits confits. Il offre une palette assez complète avec des notes subtiles de canne, une légère olive, un bois humide, les parfums se développent et deviennent de plus en plus gourmands, avec de la pâte d'amande. L'équilibre du registre confit et de la canne s'établit, la force alcoolique est bien réglée, pas de brûlure, c'est top ! 
Il évolue sur quelque chose de très sucré, bubblegum, sucre d'orge ou encore pomme d'amour et finit par s'épaissir, devenant plus tropical encore avec de la papaye très mure et un ananas flambé.

En bouche on a de l'épaisseur aussi, on pense à une eau-de-vie de prune, un mélange de fruits exotiques. Un goût de tabac s'installe sur les papilles et on sent un léger fumé, un bois bien brulé en milieu de bouche.

La finale, moyennement longue, s'étale sur les fruits à coque torréfiés, le café, toujours ce côté brulé, sucré comme une barbapapa et laisse une certaine amertume qui accroche un peu comme une petite peau de cacahuète grillée.

En résumé voila un rhum bien gourmand, sans le côté extrême souvent associé à la Jamaïque, la réduction à 43% a été très bien effectuée à mon avis, le résultat étant suffisamment complexe et plaisant. 

Il existe déjà énormément d'embouteillages de rhums du Guyana mais il faut bien dire qu'on ne s'en lasse pas ! Pour notre plus grand plaisir, messieurs dames, non pas un mais deux Demerara !

Tout d'abord un DIAMOND 12 ans (Déc 2003 - Avr 2016) 45%

Ce rhum provient de la maison mère Diamond Distillers Ltd à Georgetown, qui concentre les alambics de légende des distilleries aujourd'hui fermées de la région du Demerara. Distillé sur la colonne en métal originelle de la distillerie Diamond, il a un profil qui s'approche pourtant des distillats de l'alambic Enmore, au même titre que le Diamond 2003 de Rum Swedes, mais voyez plutôt :


Sans laisser au rhum le temps de s'aérer et en passant le nez juste après l'avoir versé, un souvenir olfactif très précis et somme toute assez personnel revient : le tube de pâte à ballon, celle que l'on souffle au bout d'une sorte de bâton de sucette. C'est assez régressif et ça tient de l'anecdote mais c'est tout à fait ça ! 
Alors on lui laisse tout de même cinq minutes le temps de se débarrasser de ce côté solvant un peu agressif et on tombe dans un bon bain de mélasse, café, vanille qui devient plus sec avec de la noisette, de la noix et quelques fruits secs plus discrets. Ce nez que l'ont connait bien avec cette origine marche toujours aussi bien. Les fruits secs s'installent un peu plus avec de l'abricot par exemple, puis une menthe poivrée apparait et introduit de la fraicheur, avec une noix et une noisette sèches et piquantes comme une salade de roquette avec une bonne dose de balsamique.


En bouche c'est le pruneau qui se manifeste en premier, il amène une sensation de Sherry ou de Porto avec cette petite sécheresse de la noix. Le café et la mélasse reviennent pour une finale assez courte et classique.

Ce Diamond joue la gamme du Demerara sans fausses notes mais sans grande envolée non plus, c'est qu'on devient difficile avec toutes les références que l'on a déjà !

UITVLUGT 18 ans (Oct 1997 - Avr 2016) 45%

Ce rhum distillé sur les colonnes Savalle d'Uitvlugt a vieilli en partie en fût d'Armagnac, il ne s'agit pas d'un finish mais d'une véritable double maturation, voyons le résultat de l’expérience !   

Au départ le nez ne fait apparaitre aucune note boisée, plutôt de la fermentation et un côté léger et floral. La poire et la prune qui arrivent ensuite sont vertes et concourent à cette impression de légèreté. Un petit "grain" épicé commence à amener de la profondeur et le bois apparait, épicé lui aussi. Celui-ci prend de la force au fur et à mesure jusqu'à trancher franchement, donnant une impression de bois neuf, jusqu'à la sciure, avec un côté poussiéreux. 
En évoluant, ce nez s'équilibre grâce à l'intervention de la pâte d'amande.

Toujours léger en bouche, une touche métallique chatouille les papilles, ce fourmillement laissant place à une compotée de fruits des plus agréables, pleine et gourmande. 



Le final est un peu sucré et asséchant, sur la cassonade brulée, la mélasse, et s'étend en longueur tout en gourmandise et en notes pâtissières sur un bon moment.

Je suis assez partagé sur ce rhum qui bien qu'offrant une longueur vraiment délicieuse venant rappeler un milieu de bouche compoté, me laisse quand même une impression générale de pâleur. Il est vrai que je suis amateur de rhums gourmands et chauds. Pour autant je ne suis pas contre un rhum plus léger, plus vif ou sec mais il faut que l'attaque soit vraiment saisissante et envahissante, ici cela m'a manqué.

Et nous terminerons cette jolie séance de dégustation par un bon vieux Brut de fût (embouteillé au taux d'alcool de sortie de fût, sans réduction préalable donc). Les bruts de fût ont l'avantage d'être plus concentrés en arômes car non dilués à l'eau. Leur taux élevé d'alcool permet également de mieux diffuser les saveurs en bouche, plus intensément. L'inconvénient est évidemment que l'alcool se fait souvent d'avantage présent, ce sont donc des rhums qui demandent un peu d’expérience et quelques dizaines de minutes d'aération dans le verre avant dégustation. Revenons donc à Trinidad et Tobago, chez Trinidad Distillers Limited qui est à la distillerie à l'origine des rhums Angostura, et du fameux rhum épicé Kraken.

TRINIDAD 16 ans (Fév 2000 - Avr 2016) Cask Strenght - 63%
 
Dans les premiers temps le nez est assez classique, on ne note pas de brûlure particulière due au fort degré. On retrouve les notes typiques du rhum que sont la mélasse, le caramel, le bois toasté, la vanille, puis un côté cire d'abeille. 
Lorsque l'on agite le verre il faut alors humer avec plus de précaution car la puissance commence à se manifester, produisant des notes pétrolières, d'huile ou de graisse de moteur, non sans rappeler la célèbre distillerie de Caroni de la même île. Ce registre, quand on prend en compte un côté fruité sous-jacent, peut tout aussi bien se rapprocher de la pâte ou de la confiture de coing, curieusement proches de ces notes goudronnées.
Ensuite le boisé se pose, net et précis, puis s'ouvre sur une impression de fraicheur, de baies, de myrtilles encore perlées de rosée.
Le registre du goudron et des hydrocarbures est toujours présent au premier plan mais il est très intéressant d'aller voir comme il peut de fondre en autre chose de plus fruité et frais.

La bouche est pleine et intense comme on peut s'y attendre, mais l'alcool est bien intégré et ne prend pas le pas sur les arômes "animaux" qui arrivent en masse, beaucoup de cuir, de caoutchouc brûlé, toujours cette pâte de coing et puis du chocolat noir mêlé de piment. C'est vraiment excellent en bouche, intéressant car varié, riche mais pas écœurant. La finale est moyennement longue, sur la noisette, et des fruits exotiques persistent un bon moment.

Une fois de plus le choix du brut de fût fonctionne très bien, ce rhum évolue durant la dégustation qui mérite de s'étaler dans le temps car on ne s'ennuie pas une seconde.

jeudi 14 juillet 2016

Interview : Freddy Lucina de la cave A'rhûm


Il y a cinq ans, lors d'une virée parisienne estivale avec mon ami Juju, nous sommes passés par cette toute nouvelle adresse consacrée exclusivement au rhum. En passant la porte pour la première fois, emplis de certitudes depuis nos voyages en Martinique, nous découvrions qu'il y avait du (bon) rhum en dehors des Antilles Françaises. Nous avons commencé par faire un tour du monde lors de la présentation de la boutique, guidés par le tour operator Freddy. S'en est suivie une dégustation éducative avec trois rhums très éloignés les uns des autres et voila, nous étions piqués par le virus. Après avoir collectionné les rhums de l'île aux fleurs pendant quelques années, un horizon très vaste s'ouvrait à nous, qui n'aurait que notre curiosité comme limite.

Cette adresse a donc une valeur particulière pour moi car c'est là que ma passion s'est intensifiée, la passion et le goût du partage du patron et de ses collaborateurs faisant toujours l'objet d'échanges très enrichissants.

A l'approche de l'anniversaire de la boutique la semaine prochaine j'ai posé quelques questions à Freddy pour parler passé, présent et futur :

Qu'est-ce qui t'a amené au rhum ?

Originaire de la Guadeloupe et mon père de l'île de Marie-galante, j'ai passé toutes mes vacances scolaires sur cette petite île magnifique.
Mes défunts grands parents, propriétaires d'un petit domaine à côté de la distillerie Bielle produisaient de la canne pour la revendre à cette dernière.
Quelques membres de ma famille on repris l'exploitation de ce domaine pour poursuivre un peu la production de canne et la culture de quelque fruits et légumes pour leur consommation personnelle.
J'ai vu pendant des années fumer la distillerie Bielle, pu sentir très tôt les arômes de canne, de bagasse, de fermentation...
Au fur et à mesure que je grandissais j'ai pu découvrir les plaisirs des produits grâce à mon père, qui apprécie les bonnes choses et les bons produits. Il a toujours fait découvrir cette culture Marie-Galantaise du rhum à tous ses amis antillais ou métropolitains.
De par mon parcours professionnel atypique, je n'étais pas destiné a travailler dans le rhum. Issu du monde la menuiserie et ayant travaillé 11 ans dans les magasins de bricolage j'ai choisi de me réorienter professionnellement. C'est donc tout naturellement dans l'univers de ce spiritueux, qui a longtemps bercé mon enfance, que je me suis dirigé.

Peux-tu nous raconter l'histoire d'A'rhûm ? 

La passion est, avant tout, ce qui nous a permis d'ouvrir cette boutique. Il y a 5 ans, on entendait peu parler d'espaces dédiés au rhum, même après l'ouverture de la boutique du 6ème. Ainsi, en quête de références de rhum de mon île en France métropolitaine, je n'ai pu m'empêcher de faire le constat que de nombreuses personnes étaient à la recherche de rhum non seulement en France mais aussi dans différentes régions du monde.
A'rhûm a donc vu le jour grâce à la passion d' Éric Valette et moi même, pour le plaisir de partager notre amour du produit.
Nous avons rencontré pas mal de difficultés pour trouver un local, pour avoir notre prêt car les banques ne croyaient pas en notre projet. Une boutique mono-produit qu'est le rhum leur paraissait bizarre. Sur le marché on trouve des caves à vins, à champagne, à whisky et autres mais s'agissant de rhum, ils étaient perdus car pas d'éléments référents.
Nous avons mis 2 ans avant que le projet sorte de terre le 20 Juillet 2011.

Est-ce que tu as goûté tous les rhums de ta boutique ? 

Aujourd'hui j'ai gouté à peu près 85% de la boutique et un peu plus de 50% sont mémorisés sur les grandes lignes du produit, sur le côté sec ou sucré, les grandes lignes d'arômes...

Quels sont tes goûts personnels ? 

Je n'ai pas de goût arrêté, j'aime tout...

Quels sont tes coups de cœur récents ? 

L'édition limitée spéciale A'rhûm, le Trois Rivières 1970, l'Appleton 21, El pasador de oro, mais je ne puis me limiter qu'à ces quelques produits cités vite fait, il y a trop de bons produits dans le monde du rhum pour se restreindre.

Quels rhums conseilles tu à un néophyte ? 

Il faut boire de tout et pas que du rhum pour éduquer son nez et son palais. Enfin il faut se laisser le temps d'évoluer dans le monde du rhum.

Quels sont tes best-sellers ? 

El pasador, Pampero , Reimonenq en vieux, La Favorite en blanc et plein d'autres.

Quels sont les rhums les plus appréciés lors de tes cours de dégustation ? 

Toute la sélection en général, car les personnes se concentrent sur le voyage du palais avant tout.

Est-ce que tu as un profil type de client ? 

Hé non , nous avons autant d'hommes que de femmes et de toutes les tranches d'âge.

As-tu vu les connaissances de tes clients évoluer ? 

Bien sûr et il ne sont pas les seuls à évoluer, car moi aussi je m'améliore au fur et à mesure des années.

Où est-ce que tu déniches tes rhums les plus confidentiels ? 

Secret, certaines choses demandent à ne pas être dévoilées.

Après la réussite du single cask Belize avec Fair, est-ce qu'il y a d'autres projets dans les cartons ?

Oui en effet des projets sont dans les cartons. Rendez-vous pris pour le jeudi 21 juillet 2016 pour une dégustation spéciale sélection A'Rhûm.

Que penses tu de la hausse des prix généralisée ? 

Pour être franc, je trouve cela absurde, mais bon les distilleries sont maîtres de leur destin.
Je pense que certaines distilleries pensent mettre de l'or en bouteille et s'enflamment trop vite sur des produits qu'ils estiment magnifiques et qui cependant sont médiocres.

Comment vois tu le futur du rhum ? 

Je ne suis pas devin, mais mal s'ils font trop flamber les prix ; bien si nous avons de nouveaux embouteilleurs à l'instar des Bienheureux  qui nous créent des trésors avec un très bon rapport qualité-prix.

Merci Freddy et joyeux anniversaire !

A'rhûm -  34 Rue du Grenier Saint-Lazare, 75003 Paris
http://www.arhum.fr/ 

lundi 27 juin 2016

Le plus beau bar du monde ! Le Rum House Prague


Premier point touristique dans la vie de ce blog : Prague. Fin avril ma compagne et moi avons décidé de nous offrir un petit weekend romantique dans la ville aux 100 clochers, capitale de la République Tchèque, de la Bohème...et du rhum !


Alors petits conseils aux voyageurs :

- En plein printemps il peut y neiger et y cailler sévère, prévoyez une petite laine, si si je vous assure.. 
- Préférez la bière à l'eau car elle y coûte deux fois moins cher, quand on est économe et qu'on aime le houblon c'est quand même génial.
- N'essayez pas d'apprendre le Tchèque, c'est impossible, contentez vous de Bonjour, Au revoir, Merci, S'il vous plait (bon courage avec ça déjà)
- Quand vous en aurez marre du Goulash et du genou de porc n'hésitez pas à fréquenter les restos végétariens, ils sont très cool et rafraichissants.
- Attardez vous plutôt dans les hauteurs de la ville, moins denses en touristes (C'est assez drôle les touristes qui se plaignent de leurs congénères, "rien à voir, nous, nous sommes des voyageurs éclairés, le sac banane c'est juste pratique c'est tout").
- Et surtout ne ratez pas le bar Rum House (








J'ai posé quelques questions à Milan, le patron, qui vous l'aurez compris est un passionné et aussi un pionnier dans un pays qui au départ n'évoque pas forcement la canne à sucre mais plutôt la betterave.


1. D’où vient ta passion pour le rhum ?

Il y a 7 ans le rhum a commencé à prendre de plus en plus de place dans mon ancien bar et j’ai été progressivement passionné par son histoire. Pour moi, le rhum c’est les Caraïbes, la mer chaude, les belles femmes...
Je cherchais un nouvel espace assez grand et un bon emplacement et j’ai trouvé un bar classique qui servait des bières et des spiritueux traditionnels allant du Metaxa (Spiritueux Grec ndlr) au Ballantines, les seuls rhums représentés étaient Havana Club, Bacardi et Captain Morgan. Quand j’ai repris l’endroit en 2010 j’ai décidé de démolir le bar d’origine pour en ouvrir un nouveau consacré exclusivement au rhum. Au départ il y avait environ 250 bouteilles, et nous en sommes à environ 1000 aujourd’hui. Je dois dire que rhum est comme une drogue pour nous, dès que je vois une nouvelle bouteille il faut que je l’aie !

 

2. Comment as-tu construit la décoration du bar ? 

J’aime le bois dans un bar, je veux qu’il soit chaleureux et confortable. La lumière tamisée et la musique Caribéenne font que les clients sont sentent à l’aise comme dans un salon.

3. Comment se porte le rhum en République Tchèque ? 

Les tchèques sont friands de rhum. La plupart des gens connaissent les grandes marques commerciales mais ils apprennent peu à peu à boire de nouvelles choses et se tournent vers des rhums plus intéressants et de qualité. Nous les encourageons à aller plus loin comme nous l’avons fait et à ne pas se contenter des classiques.


4. Tu étais au Rum Fest de Prague ? Peux-tu nous raconter ? 

Le Prague Rum Fest a lieu depuis 3 ans et nous ne pouvions pas le manquer. C’est incomparable avec les autres festivals en République Tchèque, il y a un assez joli nombre de marques exposées. C’est un événement grand public, il y en a pour tous les goûts, et nous invitons les amateurs à venir au Rum House afin d’avoir aperçu encore plus large de tous les goûts différents du rhum.

 5. Organisez-vous des événements autour du rhum au bar ?

Nous organisons des dégustations publiques et aussi privées pour nos clients. Les clients participent à la sélection et nous élaborons les lineup avec eux.

6. As-tu goûté tous tes rhums ? 

Je vis une histoire d’amour avec le rhum mais aussi avec ma femme Lucia, c’est un bonheur ! Je n’ai pas tout goûté personnellement mais elle a dû goûter environ 95% de nos rhums. Elle aime le rhum, probablement encore plus que moi. Nous aimons découvrir les spécificités de chaque marque, le goût, le nez, la couleur et autres...


 

7. Certains de vos rhums m’étaient totalement inconnus, où dénichez-vous ces pépites ?

J’ai la chance d’avoir des amis et des petits fournisseurs dans le monde entier qui m’aident à trouver des bouteilles difficiles à obtenir ou très limitées. Je suis parfois le seul à les obtenir dans toute la République Tchèque. Les Tchèques commencent à aimer le bon rhum donc je ne regrette pas d’investir dans des découvertes et des tirages limités. J’achète toutes ces bouteilles par 6.

8. Quels sont vos goûts en matière de rhum ?  

Nous aimons collectionner des rhums comme Secret Treasures, Renegade, JM, Rum & cane, Caroni et les Demerara du Guyana et nous avons beaucoup de favoris. Comme dit Lucia il y a beaucoup de rhums et ils sont tous différents.

 9. Quels rhums ont le plus de succès ?  

Chez nous la plupart du temps c’est nous qui proposons nos recommandations, les gens ne savent pas à l’avance ce qu’ils vont boire. La majorité des clients préfère les rhums doux comme ceux de République Dominicaine. Mais ils sont aussi prêts à goûter de nouvelles choses, des rhums plus secs. 
 
10. Que conseillez-vous pour les clients qui ne connaissent pas le rhum ?  

Il y a des gens qui ne connaissent pas du tout le rhum car ils sont restés au Havana Club, Bacardi et autres qui sont apparus ici il y a 20 ans. Mais aujourd’hui la grande majorité des clients a au moins goûté au Zacapa ou Diplomatico, leurs goûts sont basés là-dessus et ils cherchent quelque chose de semblable. Nous essayons alors de leur révéler les centaines d’autres saveurs du produit qu’est le rhum. Nous leur proposons des choses plus fines, plus sèches ou même à l’opposé total de ce qu’ils connaissent. S’ils ont du mal à se décider, nous nous orientons en fonction de ce qu’ils boivent habituellement : vodka, whisky, gin etc et nous essayons de tomber juste sur leurs goûts.

11. Quels sont vos endroits préférés à Prague ?  

J’aime les établissements paisibles et détendus si possible avec un design en bois, j’aime aussi les cantines mexicaines ou d’inspiration industrielle. Par contre je fuis les clubs et les discothèques commerciaux qui seraient prêts à vendre n’importe quoi.

12. Je crois que vous aviez l'intention d'ouvrir un autre projet bar / restaurant, est-ce toujours d'actualité ? 

Oui je rêve d’un endroit plus grand car nous commençons à être à l’étroit au Rum House. De plus nous aimerions proposer des petits repas aux clients, une cuisine méditerranéenne légère.  Cependant, trouver un espace approprié à un endroit approprié est assez dur. Nous étudions les possibilités, les opportunités de déménagement et nous cherchons un partenaire financier, en tout cas nous ne lâchons pas l’affaire au Rum House Prague !


lundi 6 juin 2016

Soirée La Mauny à La Maison des Champs-Elysées

Merci à la La Mauny d'avoir partagé son art de vivre Martiniquais lors de cette superbe soirée. Leurs rhums ont été mis en valeur de différentes façons :

Planteur, Ti-punch, Cocktails et puis secs, accompagnés de petites pièces à base de poisson, de crustacés et de fruits bien assaisonnées et du fameux homard à la plancha !


Je retiendrai le blanc Ter Rouj qui fonctionne très bien avec tous ces mets, sûrement du fait de ses 45% et de son fruité qui accompagnent sans emporter la dégustation.


L'ambré Héritage est également intéressant car élevé traditionnellement en foudres de chêne pendant 18 mois puis passé en fûts de Porto pendant 6 mois, il est encore un peu jeune pour la dégustation pure mais fait un Ti-vieux (40%) très velouté et gourmand.




La cuvée Nouveau Monde issue d'un assemblage de millésimes prestigieux de la maison est bien entendu quant-à-elle un pur rhum de dégustation, fin, profond, tout en longueur. Ses arômes évoluent tout au long de la dégustation, le boisé est subtil, légèrement grillé, les épices sont fondues et les fruits exotiques se développent au fur et à mesure. Un rhum avec lequel on aime prendre son temps, le temps d'un cigare par exemple.

La gamme La Mauny est globalement assez douce, elle plaira au plus grand nombre car les vieux sont très séduisants (notamment le Signature dégusté également en cocktail La Mauny Sour) et les blancs et ambrés spéciaux sont très parfumés. Cependant on aimerait parfois un rhum plus franc. Le vieux "classique" a nez qui va dans ce sens, droit, boisé, épicé, sur la canne, il offre une bonne fraîcheur et les arômes sont bien identifiés mais la rondeur en bouche diminue l'intensité de l’expérience. 



J'ai pu également discuter avec Mr Daniel Baudin, maître de chais de La Mauny, Trois rivières et Duquesne, à propos de l'élaboration complexe des produits comme le Signature qui sont des assemblages de quatre types de fûts différents (Bourbon, Cognac, Mosctael et Porto). J'ai été amusé par la décontraction du professionnel qui dit en gros que ce n'était pas compliqué, qu'il n'y a finalement pas eu trop d'essais et qu'il n'était pas inquiet de la qualité de l'assemblage vu les éléments qui le composent. 


Petite astuce au passage que je partage avec vous : Lors de grosses dégustations, pour remettre le palais à zéro entre deux rhums, on connaissait la biscotte et le verre d'eau, certains le grain de café. Mr Baudin conseille quant-à-lui le verre de bière ou encore d'eau au bicarbonate. Je choisirai plus volontiers la première suggestion !


dimanche 8 mai 2016

Master Class Mount Gay


Les rhums de la Barbade sont de plus en plus appréciés des Français curieux qui souhaitent sortir de leurs habitudes agricoles. Ils sont aussi en général une façon pour ceux qui aiment les rhums sucrés, souvent de tradition Espagnole, d'explorer de nouveaux horizons et de découvrir un vrai goût de rhum, débarrassé du trop plein de sucre et de caramel qui finit par lasser même les plus gourmands.  Équilibrés, généreux et accessibles, les "Bajan rums" sont, on le dit souvent d'un point de vue purement franco-agricole, le pont entre les "rones" sucrés et les rhums agricoles des Antilles Françaises, présentés alors comme l'ultime expérience du dégustateur de rhum. De mon point de vue ce discours est quelque peu chauvin mais là n'est pas le sujet.
Malgré leurs qualités indéniables, j'ai l'impression que ces rhums ne sont pas forcement bien représentés sur les étagères des cavistes et donc dans nos bars. Sans doute un manque de promotion et peut-être un manque de sens du spectacle, une certaine sobriété qui ne serait pas appréciée à sa juste valeur dans un monde où le m'as-tu-vu fait trop souvent de l'ombre à la sagesse.

Parmi ces rhums, je ne connaissais moi-même pas bien Mount Gay, plutôt habitué aux embouteillages de la distillerie Foursquare et au Cockspur 12 qui font partie des bouteilles que je renouvelle systématiquement (malheureusement ce ne sera plus le cas pour le dernier car il a subi une belle augmentation tarifaire ces derniers mois. 15€ la nouvelle étiquette ça fait un peu cher). Cette master class était donc l'occasion rêvée de faire plus ample connaissance.
   
C'est donc dans une très chic suite de l’hôtel Bachaumont à Paris que Miguel Smith le représentant de la marque nous a reçu, avant tout pour nous parler d'un "nouveau" produit : Le Black Barrel. Sorti en 2014 et présenté au RhumFest 2015 il n'est pas si nouveau mais une présentation en bonne et due forme semblait nécessaire. Nous y reviendrons et le dégusterons plus tard.

Mount Gay est la plus ancienne distillerie de la Barbade et même sans doute la plus ancienne distillerie de rhum au monde. Elle daterait de 1637 et le premier document officiel mentionnant une "pot-still house" date de 1703, date emblématique de la marque.

Au passage, j'ai appris que le nom de la Barbade viendrait des explorateurs Portugais qui arrivant sur l'île furent marqués par ses figuiers aux feuillages ressemblant à une barbe. Il l’appelèrent alors "Los Barbados". 

C'est aussi la première distillerie de rhum à utiliser les pot-stills servant à distiller le whisky, importés par les Anglais qui colonisèrent l'île à partir de 1625.
Mount Gay tient son nom de Sir John Gay Alleyne qui n'était pas le propriétaire de la distillerie mais celui qui porta et développa la distillerie Mount Gilboa au cours du 18è siècle. Après sa mort on lui rendit hommage en rebaptisant la distillerie à son nom. Le rhum Mount Gilboa est toujours produit à la distillerie, il s'agit d'un rhum plus confidentiel produit uniquement à partir de pot-stills.
Ce dernier fait figure d'exception dans la région qui est passée maître dans l'art de l'assemblage de rhums issus de colonne et de rhums issus de pot-stills. Cette pratique de l'assemblage est chère à Mount Gay qui souhaite conserver cette identité à l'heure où les rhums 100% pot-still retiennent de plus en plus l'attention des amateurs. Leur objectif est avant tout de produire des rhums qui soient agréables à tout le monde.
La fermentation de la mélasse se fait à l'aide de levures maison en contenants ouverts durant 46/48 heures, en résulte un "wash" entre 6 et 8% d'alcool.
La distillation se fait donc ensuite en colonne coffey en métal ainsi qu'en pot-still. Différents batches (cuvées) sont ensuite assemblés pour produire la gamme Mount Gay.

Le rhum Black Barrel, assemblage de rhums de 2 à 7 ans, présente la particularité d'être vieilli en anciens fûts de Bourbon fortement re-brûlés. En effet, les fûts de bourbon sont déjà préalablement toastés, voire carbonisés à l'intérieur avant de recevoir leur bourbon. Cela pour plusieurs raisons :
- Favoriser les échanges bois / liquide
- Développer ou inhiber selon les souhaits certains arômes
- Fournir un charbon actif qui permet de filtrer le souffre par exemple
Pour le Black Barrel, les fûts vidés de leur bourbon sont une nouvelle fois brûlés, ou plutôt carbonisés dans le cas  présent, on parle de "Heavy char". Le simple toastage du fût apporte des notes épicées (vanilline), de terre ou de bois. Ici la carbonisation apporte plus de couleur et des notes de caramel et de fumé.

Au nez ce Black Barrel est vraiment très agréable, on sent d'abord du cuir, du pain grillé, du boisé. Puis on a de la mélasse, du café. Avec un peu de temps des notes plus fruitées apparaissent, de la banane rôtie et enfin de la vanille.
 
En bouche on est plutôt sur un registre whisky / bourbon, épicé, un peu fumé, et toujours de la vanille. C'est assez court en bouche car le côté épicé saisit un instant avant de laisser une langue un peu lourde et une impression assez grasse.
Cette finale nous indique que l'on est face à un rhum détente, à servir à l'apéritif, pourquoi pas "on the rocks" ou en cocktail. Disons qu'avec son nez charmeur il promet un peu plus que ce qu'il nous offre.

La dégustation des grands classiques de la maison m'a permis de parfaire ma culture bien que la dégustation fut rapide. Voici tout de même quelques impressions :


Le nez du XO est beaucoup plus saisissant que celui du Black Barrel. Cet assemblage de rhums de 7 à 15 ans propose un nez très épicé et profond. Le boisé se mêle aux fruits secs grillés. Il y a tout de même une certaine brûlure de l'alcool qui met un peu de temps à se dissiper.
La mise en bouche est fidèle au menu, épicée, un peu fumée avec une finale très soyeuse et délicate, on s'aperçoit tout de suite qu'il y a plus de travail du temps.


Enfin le 1703, assemblage des rhums les plus vieux de la maison (10 à 30 ans) propose un nez encore plus imposant. De la vanille, un boisé poivré et une complexité vraiment au dessus de ses prédécesseurs avec cette fois ci du fruit, de la banane, des épices douces, des fruits rouges, superbe sensation de maturité.
En bouche c'est un fruité exotique qui domine et qui déroule sur une finale assez épaisse.



Enfin en partant j'ai pris une photo de ces petites bouteilles discrètes qui n'ont pas été abordées en master class, les Charred Cask et Virgin Cask, présentées par paire (375ml chacune) en coffret. J'ai trouvé peu d'informations après coup sur ce coffret, j’espère que cela fera l'objet d'une autre rencontre.








Merci à Charlotte Perdrieux (SoWine) et Miguel Smith de Mount Gay pour ce petit point culture :) Et à bientôt avec Mount Gay car la rumeur dit qu'une version brut de fût (63%) de leur XO apparaîtrait à la fin de l'année.